Les produits de lissage pour cheveux contenant de l’acide glyoxylique sont de plus en plus suspects aux yeux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES).

Mi-octobre, elle avait déconseillé aux salons de coiffure et aux particuliers d’utiliser les produits dits de « lissage brésilien » contenant de l’acide glyoxylique, et aux commerces de les vendre.

L’ANSES avait alors agi par précaution, dans l’attente des conclusions d’une expertise, après plusieurs signalements d’effets indésirables graves chez des femmes exposées à ces produits après un « lissage brésilien » dans un salon de coiffure.

Lien « très fortement probable » avec l’acide glyoxylique

Dans un avis daté du 21 janvier [1], s’appuyant sur des études scientifiques, l’Agence juge "fortement probable" que l’acide glyoxylique soit à l’origine de ces cas d’insuffisance rénale aiguë - en passant dans le sang par le cuir chevelu, il se transforme en cristaux d’oxalate de calcium, endommageant le rein.

L’ANSES recommande donc qu’une évaluation des risques soit réalisée au niveau européen, "pour limiter, voire interdire l’utilisation de cette substance", dont la teneur peut aller jusqu’à 25% dans les soins capillaires.

Elle souhaite aussi que soient identifiés d’autres produits pouvant "se dégrader en acide glyoxylique" et "susceptibles de libérer du formaldéhyde, substance cancérogène, lors de la phase de chauffe des cheveux".

Une fois cet avis relayé par les autorités françaises, la Commission européenne devra saisir son Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC), seul habilité à juger de la nécessité d’encadrer l’usage d’une substance via le règlement cosmétique européen.

Substance interdite en Israël

À ce jour, l’acide glyoxylique n’ayant jamais été évalué au niveau de l’UE, son utilisation n’est ni encadrée ni limitée.

En revanche en Israël, les produits de lissage capillaire contenant de l’acide glyoxylique sont interdits depuis 2022 - "mais pas ceux contenant des dérivés", précise l’ANSES.

Dans ce pays, 26 cas d’insuffisance rénale aiguë sévères consécutifs à l’utilisation de produits de lissage capillaire (provoquant douleurs abdominales et lombaires, nausées, vomissements, éruptions cutanées) ont été identifiés et jugés imputables à cette substance, de 2019 à 2022.

Comme en France, après une réhydratation des patientes, la fonction rénale est ensuite revenue à la normale.

Réexamen de la sécurité

L’expertise de l’ANSES n’ayant porté que sur l’acide glyoxylique, elle n’a pas identifiée les produits de lissage capillaire qu’il faudrait éviter. Toutefois, l’Agence "enjoint les metteurs en marché à réexaminer la sécurité des produits qui contiennent de l’acide glyoxylique et l’adéquation des précautions d’emploi contribuant à une utilisation sûre".

L’acide glyoxylique entre aussi dans la composition de produits de nettoyage et d’ameublement (il inhibe la corrosion notamment) ou de tannage.